Renouveler le contrat scientifique pour l'éducation
Le 18 février 2026, la secrétaire générale de l'AIU, Hilligje van't Land, a représenté l'Association et contribué au symposium de l'UNESCO organisé dans le cadre de la conférence internationale RUNES/AFIRSE 2026 sur «Le renouvellement du contrat scientifique de l'éducation »et de l'initiative « L'avenir de l'éducation » de l'UNESCO.
Appel à une action transformatrice : interdisciplinarité et équité
Dans un contexte marqué par des changements technologiques rapides, des inégalités persistantes et des transitions sociétales, le symposium a souligné l'urgence de favoriser la collaboration interdisciplinaire, un dialogue scientifique solide et des cadres politiques innovants. En accord avec la Commission internationale de l'UNESCO sur l'avenir de l'éducation et son rapport de 2021 intitulé «Réimaginer notre avenir ensemble : un nouveau contrat social pour l'éducation », l'événement a servi de plateforme aux délégations auprès de l'UNESCO, aux commissions nationales et aux experts des communautés de l'enseignement supérieur et de la recherche pour réfléchir collectivement aux transformations nécessaires pour construire des systèmes éducatifs inclusifs, adaptatifs et équitables dans le monde entier. Le symposium a examiné les implications de l'intelligence artificielle (IA) pour la recherche en éducation, ainsi que l'avenir de l'enseignement et de l'apprentissage interdisciplinaires, la recherche et la coopération dans le domaine de l'éducation internationale, et l'évolution des politiques d'éducation publique et des actions éducatives.
Dans sa contribution, Mme van't Land s'est penchée sur l'avenir de la coopération interdisciplinaire, soulignant l'importance d'examiner de manière critique les motivations et les objectifs sous-jacents à l'interdisciplinarité. Elle a fait remarquer que ces réflexions peuvent conduire à une transformation significative des systèmes d'enseignement supérieur et à une mobilisation totale des approches interdisciplinaires pour remédier aux asymétries persistantes au sein des écosystèmes scientifiques, notamment les hiérarchies épistémiques, les déséquilibres de financement et les dynamiques de pouvoir (souvent postcoloniales) qui façonnent la participation et reproduisent souvent les inégalités. Elle a souligné que, lorsqu'elle est menée comme un processus véritablement transformateur, l'interdisciplinarité peut contribuer à réduire ces asymétries et à favoriser des systèmes d'enseignement, d'apprentissage et de recherche plus équitables, justes et inclusifs, fondés sur la co-création et la collaboration internationale.
L'avenir des politiques d'éducation publique et de l'action éducative
Le professeur Antonio Novoa, ancien recteur de l'Université de Lisbonne, membre de l'AIU, et titulaire de la chaire UNESCO sur l'avenir de l'éducation, était également présent. Dans son discours liminaire intitulé « L'avenir des politiques d'éducation publique et de l'action éducative », Nóvoa s'est appuyé sur le rapport « Réimaginer notre avenir ensemble » et a exhorté les décideurs politiques à rester attentifs à ce qu'il a qualifié d'« excès politiques » actuels, à savoir des tendances latentes qui façonnent de plus en plus les politiques éducatives par l'utilisation d'indicateurs descriptifs, de mesures et de classements qui évaluent l'éducation principalement dans la recherche d'une excellence et d'une standardisation « étroites ». Il a également mis en garde contre le discours réductionniste croissant selon lequel les progrès technologiques apporteront les solutions nécessaires aux défis sociaux et culturels complexes.
Plutôt que de laisser ces tendances dominantes dicter les politiques, Novoa a encouragé les décideurs politiques à accepter l'incertitude et à créer les conditions permettant aux écoles et aux éducateurs d'explorer diverses réponses adaptées à leurs contextes spécifiques. Il a plaidé en faveur d'une pluralité d'approches plutôt que de solutions normatives et standardisées, et pour la valorisation des connaissances issues de la pratique locale plutôt que de s'appuyer sur des modèles descendants élaborés indépendamment des expériences diverses et vécues du secteur. Selon lui, le principal défi pour les décideurs politiques consiste à favoriser la mise en place de systèmes éducatifs nationaux qui créent un espace d'expérimentation et d'adaptation, permettant l'émergence de solutions en réponse à différents défis et besoins locaux, fondées sur une conception humaniste de l'éducation.
Une vision commune pour un savoir équitable et ouvert
L'AIU partage pleinement la vision du professeur Nóvoa. Nous défendons la diversité et croyons que la pluralité renforce les systèmes éducatifs en acceptant les différences et en favorisant l'apprentissage mutuel. À travers des initiatives telles que le Cluster mondial sur l'enseignement supérieur et la recherche pour le développement durable (HESD), l'AIU promeut la collaboration interdisciplinaire comme pierre angulaire pour relever les défis mondiaux. Nous nous engageons à démanteler les hiérarchies épistémiques et à favoriser des écosystèmes de recherche inclusifs qui garantissent un accès équitable et ouvert à la connaissance. En outre, l'AIU défend le rôle démocratique de l'enseignement supérieur, en créant des espaces de dialogue, de plaidoyer et d'action collective. En faisant progresser ces principes, l'AIU continue d'œuvrer en faveur de systèmes éducatifs qui soient non seulement adaptatifs et équitables, mais aussi profondément enracinés dans les valeurs démocratiques, permettant ainsi aux communautés du monde entier de relever les défis d'un monde en constante évolution.