Promouvoir le leadership des femmes dans l'enseignement supérieur européen dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes
Le 10 juin 2026, l’Association européenne des rectrices (EWORA) a organisé sa conférence annuelle à Bruxelles, réunissant des femmes occupant des postes de direction dans le monde universitaire, en Europe et au-delà, autour du thème : « Le leadership des femmes dans le monde universitaire à l’heure de tensions géopolitiques croissantes ». Cet événement a offert un espace essentiel pour réfléchir au rôle des universités dans la défense de la démocratie, de la liberté académique et de la coopération internationale — des valeurs mises à rude épreuve en cette période de fragmentation et d’incertitude.
L’AIU a eu le plaisir d’être représentée sur place par sa secrétaire générale, Hilligje van’t Land, et par Inga Žalėnienė, vice-présidente et membre du conseil d’administration. Ensemble, Hilligje et Inga ont coprésidé une session intitulée « Leadership fondé sur les valeurs et responsabilité mondiale ». En tant que deux figures de proue d’une association dont l’orientation thématique porte sur le leadership fondé sur les valeurs, Hilligje et Inga sont particulièrement bien placées pour s’exprimer sur ce sujet. À l’AIU, nous estimons qu’il est essentiel que les établissements d’enseignement supérieur contribuent pleinement au développement de sociétés durables et démocratiques en garantissant un accès juste, équitable et inclusif à l’éducation. La session animée par Hilligje et Inga lors de la conférence de l’EWORA a fait écho à ce sentiment et a souligné une conviction partagée tant par l’AIU que par l’EWROA : le leadership universitaire doit être courageux, éthique et résolument guidé par des valeurs, ancré dans les principes d’inclusivité, de diversité et de démocratie.
Réflexions et points clés à retenir
La fragilité — et l'urgence — du progrès
Si la représentation des femmes aux postes de direction dans l’enseignement supérieur a augmenté, ces progrès restent fragiles et réversibles, en particulier en période de crise. Carlien Scheele, directrice de l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE), a mis en garde contre un ralentissement des progrès en matière de parité entre les sexes et contre le risque d’un recul. Elle a toutefois souligné que la réduction des inégalités entre les sexes pourrait générer un million de nouveaux emplois par an, rappelant ainsi que se priver de talents est un luxe qu’aucune société ne peut se permettre. Mme Scheele a également mis en avant la stratégie de l’UE pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2026-2030, insistant sur la nécessité d’une volonté politique aux niveaux institutionnel et de gouvernance pour maintenir cette dynamique.
«On estime que la réduction des inégalités entre les sexes permettrait de créer un million d’emplois par an. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser des talents de côté.»
Indissociables : démocratie et égalité entre les femmes et les hommes
Annick Castiaux, rectrice de l’Université de Namur, a présenté la démocratie comme une construction fragile mais essentielle qui nécessite une protection active. Lina Gálvez Muñoz, présidente de la commission FEMM (Parlement européen), a établi un lien entre les atteintes aux droits des femmes et les atteintes à la démocratie elle-même, soulignant un recul mondial de la démocratie lié à un retour en arrière en matière d’égalité des sexes. Les deux dirigeantes ont insisté sur le fait que tout compromis sur l’égalité des sexes dans les postes de direction risquait d’orienter les sociétés dans la mauvaise direction.
Repenser l'évaluation de la recherche
Un thème récurrent a été la nécessité de revoir les processus d’évaluation de la recherche afin de mieux reconnaître la diversité des contributions. La COARA (Coalition for Advancing Research Assessment) a été citée comme un modèle d’approches alternatives axées sur l’impact, qui s’inscrivent dans la lignée de l’appel lancé lors de la conférence en faveur d’un leadership universitaire inclusif sur le plan du genre et guidé par des valeurs.
Données issues de la base de données mondiale sur l'enseignement supérieur, 2025.
Données, perspectives mondiales et actions concrètes
S'exprimant au nom de l'AIU, Hilligje a présenté les données issues de la Base de données mondiale sur l'enseignement supérieur (WHED). Elle a notamment partagé les données de la WHED concernant la représentation des femmes aux postes de direction dans l'enseignement supérieur à travers le monde.*
À l’échelle mondiale, seules 19,78 % des responsables de l’enseignement supérieur sont des femmes, contre 77,52 % d’hommes. Ces disparités sont encore plus marquées au niveau régional : en Afrique, près de 86 % des responsables d’établissements sont des hommes, et au Moyen-Orient, seules 5,17 % des responsables d’établissements d’enseignement supérieur sont des femmes. Il convient toutefois de noter qu'il existe plusieurs exceptions aux grandes tendances observées à l'échelle mondiale en matière de répartition entre les sexes. L'Islande se distingue notamment par le fait que les 11 universités islandaises sont toutes dirigées par des femmes.
Engagement en faveur de l'ODD n° 5 : Égalité entre les sexes
Dans le cadre du domaine thématique prioritaire « Enseignement supérieur et recherche au service du développement durable » (HESD), le groupe thématique de l’AIU sur le HESD promeut le rôle des établissements d’enseignement supérieur dans la construction de sociétés plus durables. Il s’agit d’un consortium d’universités membres de l’AIU issues des quatre coins du monde, qui travaillent en collaboration pour développer des initiatives existantes et de nouvelles initiatives prometteuses visant à atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). Le sous-groupe consacré à l’ODD n° 5 : Égalité entre les sexes est piloté par l’Université de Bologne, en Italie. Ce sous-groupe rassemble des établissements d’enseignement supérieur issus des six continents afin qu’ils collaborent à la réalisation de l’ODD n° 5. Comme le souligne le rapport du groupe pour 2024-2025, ce sous-groupe :
•Promouvoir l'égalité entre les femmes et les hommes par le biais de politiques institutionnelles, de la recherche, de la formation et d'actions de sensibilisation au sein des universités partenaires.
•Renforcer la collaboration entre les membres du cluster, sous l'égide de l'Université de Bologne, grâce à l'échange de bonnes pratiques et à la promotion de plans en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes.
•Soutenir l'autonomisation des femmes, le leadership inclusif, la prévention de la violence sexiste, les initiatives en faveur de la diversité et de l'inclusion, ainsi que l'égalité des chances au sein des communautés de l'enseignement supérieur.
Perspectives d'avenir
La conférence EWORA 2026 a réaffirmé que le leadership des femmes dans le milieu universitaire n’est pas seulement une question d’équité : c’est une nécessité pour l’innovation, la démocratie et l’avenir de l’enseignement supérieur. L’AIU reste déterminée à faire entendre ces voix, à partager des analyses fondées sur des données et à favoriser la collaboration mondiale afin de veiller à ce qu’aucun talent ne soit laissé pour compte. De plus, nous nous réjouissons de poursuivre notre collaboration avec EWORA dans le cadre de nos futures initiatives visant à renforcer l’égalité des genres au sein des instances dirigeantes et des pratiques de l’enseignement supérieur.
*Remarque : les données du WHED ne proviennent pas nécessairement des établissements ou des personnes concernées par ces statistiques. En savoir plus sur les sources des données du WHED ici.