Diriger l'internationalisation en période de turbulence : Réflexions issues du 1er Dialogue sur le leadership en internationalisation EAIE–AIU
Façonnée par l'évolution du climat géopolitique, les pressions économiques, l'innovation technologique et les priorités changeantes des sociétés à travers le monde, la pratique consistant à établir et à maintenir des connexions mondiales dans l'enseignement supérieur est aussi complexe que vitale. Aujourd'hui, les institutions d'enseignement supérieur sont confrontées à des défis mondiaux dans le contexte plus large d'une polycrise — une convergence de perturbations mondiales qui rend la navigation dans le paysage international à la fois plus difficile et plus urgente.
Pour les dirigeants de haut niveau chargés d'élaborer et de mettre en œuvre des stratégies d'internationalisation, les enjeux sont considérables. Ils doivent concilier ambition et pragmatisme, saisir les opportunités tout en gérant les contraintes, et veiller à ce que leurs institutions continuent de prospérer à l'échelle mondiale tout en servant les communautés locales. Pourtant, nombre de ces dirigeants opèrent dans un isolement relatif, avec un accès limité à des pairs qui comprennent les complexités uniques de leur rôle. Reconnaissant cette lacune, l'Association européenne pour l'éducation internationale (EAIE) et l'Association internationale des universités (AIU) se sont associées pour créer un espace d'échange dédié : le Dialogue sur le leadership en internationalisation, dont la première édition s'est tenue le 9 septembre 2025 à l'Université de Göteborg.
Le Dialogue a réuni 24 dirigeants de haut niveau de 20 pays, offrant une grande diversité de perspectives institutionnelles et régionales. La journée a débuté par les mots de bienvenue de Mette Sandoff, vice-rectrice adjointe de l'Université de Göteborg, suivis d'un discours liminaire d'Allan Goodman, président émérite de l'Institute of International Education (IIE). Leurs réflexions ont souligné le besoin pressant de résilience et de courage pour piloter les agendas d'internationalisation actuels, tout en mettant en évidence les opportunités pouvant émerger des crises. Tous deux ont encouragé les participants à penser au-delà des défis immédiats et à considérer le rôle plus large de l'internationalisation dans le renforcement de la contribution de l'enseignement supérieur à la société.
S'appuyant sur ce cadre, les participants se sont répartis en petits groupes animés pour deux séries de discussions, chacune axée sur une question centrale. La première série, sous le thème “Atteindre l'excellence”, a invité les participants à réfléchir aux dimensions opérationnelles et stratégiques du leadership en matière d'internationalisation. Les conversations ont porté sur la manière de cultiver des partenariats mondiaux résilients face à l'incertitude, d'accomplir davantage avec des ressources limitées, et sur la façon dont les alliances universitaires européennes remodèlent le paysage collaboratif. Un groupe a examiné les promesses et les écueils de l'intégration de l'intelligence artificielle et d'autres technologies émergentes dans les stratégies et activités d'internationalisation, tandis qu'un autre groupe a exploré l'évolution des tendances en matière de mobilité, en se demandant comment les institutions peuvent s'adapter à la fois aux nouvelles opportunités et aux obstacles persistants.
La deuxième série de discussions a porté sur le thème “Faire le bien dans le monde”, soulignant les responsabilités éthiques et sociétales de l'internationalisation. Ici, les participants ont abordé des questions telles que la manière de s'engager de manière significative envers les Objectifs de Développement Durable, comment garantir que l'équité, la diversité et l'inclusion soient intégrées dans les stratégies et activités d'internationalisation, et comment préserver la liberté académique et l'autonomie institutionnelle dans des environnements politiques de plus en plus tendus. Des réflexions tout aussi importantes ont porté sur la nécessité de favoriser une collaboration plus équilibrée et mutuellement bénéfique entre les institutions du Nord et du Sud, et sur le défi d'aligner les ambitions mondiales avec l'impact local.
À l'issue des discussions, les participants se sont réunis en plénière pour partager les principales réflexions et conclusions de leurs groupes. Bien que les sujets aient été variés, des thèmes communs sont apparus : la nécessité d'une pensée créative dans des contextes aux ressources limitées, la valeur de la collaboration transfrontalière et intersectorielle, et l'importance d'ancrer l'internationalisation non seulement dans la compétitivité institutionnelle, mais aussi dans un engagement envers le bien commun.
L'événement n'aurait pas été possible sans le soutien de l'Université de Göteborg en tant qu'hôte et les contributions des facilitateurs — Ligia Deca, Vice-Rectrice de l'Université Nationale d'Études Politiques et d'Administration Publique (Roumanie) ; Mirko Varano, Vice-Recteur à l'Internationalisation au Tecnológico de Monterrey (Mexique) ; Hans-Georg van Liempd, Responsable des Projets Spéciaux à l'Université de Tilburg (Pays-Bas) ; Laura Rumbley, Directrice du Développement des Connaissances et de la Recherche à l'EAIE ; et Hilligje van’t Land, Secrétaire Générale, et Giorgio Marinoni, Responsable de l'Enseignement Supérieur et de l'Internationalisation, à l'AIU. Leurs conseils ont permis de garantir des discussions franches, constructives et génératrices.
En fin de compte, le Dialogue sur le leadership en internationalisation EAIE–IAU a été bien plus qu'un événement d'une journée. Il a rappelé l'importance de créer des espaces intentionnels pour l'échange entre pairs parmi les dirigeants seniors, qui assument souvent leurs responsabilités sans bénéficier d'un dialogue régulier avec des collègues occupant des postes similaires. En se connectant les uns aux autres, en réfléchissant ensemble et en envisageant de nouvelles possibilités, les participants ont quitté Göteborg non seulement avec des réseaux professionnels renforcés, mais aussi avec une énergie renouvelée pour diriger l'internationalisation en des temps incertains.